Incendie de l’usine LUBRIZOL. un feu pas comme les autres? Communiqué CGT du 1er octobre 2019

 

Un incendie, s’est déclaré le jeudi 26 septembre vers 2h30 au sein de l’usine Lubrizol  classée Seveso seuil haut, à Rouen (Seine-Maritime), qui produit des additifs pour lubrifiants.

La météo sur site était de 17°c, nuages, pluies éparses, vent sud-ouest de 20km/h.

Par mesure de précaution, le préfet a invité les habitants dans un périmètre de 500 m à rester chez eux, et les 237 établissements scolaires dans 11 communes sont restés fermés jusqu’à lundi. Les maisons de retraites font l’objet d’une mesure de confinement.

http://documents.installationsclassees.developpement-durable.gouv.fr/commun/H/f/8accf0a6604507f2016045fc257b000f.pdf

L’entreprise LUBRIZOL  (ROUEN) fabrique des additifs chimiques pour lubrifiant, carburant et combustibles utilisés pour l’automobile, la marine, l’aviation et les équipements industriels.

Ce site relève de la directive européenne SEVESO II seuil haut (transposition française par l’arrêté du 10 mai 2000 relatif à la prévention des accidents majeurs), avec plus de 500 tonnes de produits classés toxiques pour les organismes aquatiques est donc soumis à autorisation pour la protection de l’environnement.

Risque incendie dû au caractère inflammable des produits stockés et utilisés sur le site, le risque le plus  important se situant dans le bâtiment où est effectuée la mise en fut des produits fabriqués, dans ce cas des effets sur la santé pourraient être ressentis à proximité.

Risque toxique lié à décomposition sous l’effet de la chaleur de certain produits pourraient donner lieu à la dispersion de substances toxiques (H2S), gaz toxiques (SO2,NOx) dans les fumées d’incendie.

Cet établissement ne présente pas de seuil réglementaire de toxicité aiguë* mais certains composés émis lors de la décomposition de ces produits peuvent présenter des risques (monoxyde de carbone, dioxyde de soufre, mono et dioxyde d’azote et sulfure d’hydrogène).

*La toxicité aiguë est la toxicité induite par l’administration d’une dose unique et massive d’un produit toxique, décrite comme la dose qui risque à 50 % de tuer un être vivant.

Risque d’explosion  dû à la présence de  bacs de stockages et de citernes de camions de  transport des hydrocarbures. Des effets sur la santé pourraient être ressentis à proximité.

 

Plan de prévention des risques technologiques autour de la société Lubrizol

http://www.seine-maritime.gouv.fr/content/download/15927/107728/file/pprt_LUB_NP_PETIT-QUEVILLY_LE_ROUEN.pdf

Les principaux ateliers et leurs risques sont les suivants :

Atelier C2 : unité de mélanges qui produit des additifs pour lubrifiants.  Risques potentiels : thermique (incendie), surpression (explosion d’un mélangeur), toxique (lié à la dispersion d’un produit ou en cas d’incendie lié aux fumées).

Ateliers 120/121 : unités de fabrication des sels de dithiophosphorique (additifs entrant dans la composition de nombreuses huiles propriété anticorrosion et antiusure). Risques potentiels : thermique (incendie, UVCE), surpression (explosion de bacs de stockage), toxique (dispersion H2S et composés soufrés suite à une décomposition de produits ou suite à une rupture de tuyauterie).

Atelier calcium 8 : atelier de fabrication d’additif pour peintures. Risques potentiels sont de type thermique (UVCE, incendie stockage matières premières ou de l’atelier), surpression (explosion d’un réacteur de fabrication).

Atelier OCP/SBR : unités de fabrication d’additifs pour huile (améliorant de viscosité). Activité des liquides inflammables. Les risques potentiels sont de type surpression et thermique.

Atelier DA PIBSA : atelier de fabrication de dispersants entrant dans la formulation des additifs. Les risques potentiels sont de type thermique (UVCE, incendie stockage ou de l’atelier, jet enflammé), surpression (explosion bac de stockage ou réacteur de fabrication).

Stockages et utilités : secteur regroupant les stockages non directement rattachés aux unités de production : stockage vrac de produits finis, (matières premières ou produits finis), utilités (chaudière, traitement des eaux…). Les risques potentiels sont de type thermique (incendie), toxique (suite décomposition de produits ou fumées d’incendie), surpression (éclatement de bac de stockage).

Page 20 : 158 phénomènes dangereux identifiés en application de l’arrêté du 29 septembre 2005.

En plus du risque lié aux produits toxiques, il y a le risque amiante, « Il y a 8000 mètres carrés de matière amiantée dans l’atmosphère. C’est énorme. » http://www.leparisien.fr/environnement/incendie-de-lubrizol-a-rouen-la-toiture-contenait-de-l-amiante-28-09-2019-8161725.php#xtor=AD-1481423552

Effets sur la santé des principaux produits présents dans l’établissement

 Annie Thébaud-Mony est sociologue de la santé, directrice de recherche honoraire à l’Inserm et spécialiste des maladies professionnelles et environnementales. Elle a, à plusieurs reprises, dénoncé à travers ses travaux « l’impunité des crimes industriels ». Au lendemain de l’incendie de l’usine chimique Lubrizol à Rouen, elle soutient que « les gens ont raison d’avoir peur s’ils étaient sous le panache. Les dangers liés à la toxicité différée et ses conséquences doivent être pris en compte et un suivi médical strict doit être mis en place ». 

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/entretien-oui-gens-ont-raison-davoir-peur-sils-etaient-sous-panache-rouen_27591104.html

Kerosène: https://www.hal.inserm.fr/CORIA/tel-00925554v1

“…Les suies se présentent sous la forme de fines particules carbonées de diamètres compris entre quelques dizaines de nanomètres à quelques micromètres. Dans l’atmosphère, elles entrainent des enjeux climatiques, de par leurs propriétés radiatives, mais aussi des enjeux sanitaires, du fait de leur faible taille : elles pénètrent facilement dans le système respiratoire et même, pour les fines, dans le systeme sanguin…”.

White spirit: https://www.hal.inserm.fr/tel-01693782v1

“…Dans l’analyse par localisation, le risqué de cancer du larynx augmentait significativement avec l’exposition cumulée au perchloroéthylène. Des risques élevés de cancers de l’hypopharynx, rien que non significatif, étaient observés pour les hommes exposés à des niveaux élevés de chlorure de methylene, de White Spirit et de tétrahydrofuragène. Une association entre exposition au tétrahydrofurane et cancer et cavité bucale était également suggérée….”.

Pentasulfure de phosphore: https://www.csst.qc.ca/prevention/reptox/Pages/fiche-complete.aspx?no_produit=1818#ref_35511_6.

“…Nocif en cas d’irritation (H302), au contact de l’eau, libère des gaz mortels en cas d’inhalation provoqie une irritation cutanée (H315), provoque de graves lesions des yeux (H318). Peut irriter les voies respiratoires (H335).

Amine DEAA : N,NDiméthylacétamide http://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_261

« …L’exposition aiguë au N,N-diméthylacétamide, qui est absorbé par voie orale, par inhalation et de façon non négligeable par la peau, provoque une atteinte neurologique et hépatique. L’irritation cutanée est faible. Lors d’expositions répétées, les effets sont également neurologiques et hépatiques. Il n’existe pas de données sur les effets mutagènes, cancérogènes ou toxiques sur la reproduction. Des recommandations médicales spécifiques existent concernant certains organes cibles, la femme enceinte et/ou allaitante et la surveillance biologique de l’exposition… ».

Sulfure d’hydrogène H2S : http://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_32

« …L’exposition aiguë est responsable de troubles variables selon le niveau d’exposition, les signes vont de l’irritation des muqueuses oculaire et respiratoire à l’œdème pulmonaire parfois retardé accompagné de troubles neurologiques (céphalée, coma, convulsion) et du rythme cardiaque. Ces effets, lorsqu’ils n’entrainent pas le décès, peuvent laisser des séquelles neurologiques. Les effets chroniques ne sont pas spécifiques, il s’agit d’effets irritants (conjonctivite, œdème cornéen, rhinite, bronchite, dermatite), de troubles digestifs et neurologiques plus ou moins sévères… ».

 

Dioxyde de soufre So2 http://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_41

« …L’exposition aiguë est responsable de troubles respiratoires sévères avec œdème pulmonaire et bronchoconstriction. Une hyperréactivité bronchique non spécifique peut persister longtemps après une exposition aiguë. Les expositions chroniques sont caractérisées par des bronchites et pharyngites chroniques. L’exposition à ce gaz peut également exacerber des affections respiratoires préexistantes. Les données actuelles ne permettent pas de considérer le dioxyde de soufre comme un cancérogène direct chez l’homme… ».

 Monoxyde de carbone CO : http://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_47

« …L’exposition à de fortes concentrations de monoxyde de carbone est rapidement mortelle ; pour des concentrations plus faibles, les effets sont d’abord insidieux évoquant une intoxication alimentaire ou une ébriété pour évoluer vers des troubles neurologiques graves (coma, convulsion). En cas de survie ; des séquelles sont possibles au niveau neurologique (syndrome parkinsonien, démence) et cardiaque (infarctus). Les expositions répétées peuvent induire des effets neurologiques banals et cardiaques (ischémie myocardique). Un effet toxique sur le système cardiovasculaire ne peut être exclu. Il n’y a pas de donnée sur d’éventuels effets génotoxiques ou cancérogènes du monoxyde de carbone. S’il ne perturbe pas la fertilité, le monoxyde de carboneprovoque une importante foetotoxicité… ».

Oxydes d’azote (Nox) : http://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_133

« …L’inhalation de fortes concentrations peut provoquer une forte irritation des voies aériennes et entrainer des lésions broncho pulmonaires parfois mortelles ou laissant des séquelles. Lors d’expositions répétées à de faibles concentrations, on peut observer un emphysème pulmonaire et une sensibilité accrue aux infections respiratoires. On ne dispose pas de donnée sur d’éventuels effets cancérogènes ou sur la fonction de reproduction… ».

 Amiante : http://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_145

« …Les données biométrologiques sur la dissémination des fibres inhalées dans l’organisme par voies transpleurale, lymphatique et/ou systémique et leur rétention dans des sites extrapulmonaires sont peu nombreuses [24]. Les fibres peuvent interagir avec les cellules épithéliales pulmonaires, pénétrer dans l’interstitium pulmonaire puis atteindre la plèvre et le péritoine ainsi que des sites plus éloignés (translocation). Les fibres peuvent migrer dans les ganglions lymphatiques pulmonaires, dans les reins, le foie, l’urine. Cette migration peut atteindre le foetus des femmes enceintes exposées [23] : des fibres d’amiante ont été retrouvées dans des échantillons de placenta et de tissus d’enfants mort-nés … ».

 Lubrizol     avant Google map        /      après France 3

 

 Engin se dirigeant sur l’intervention; collection personnelle Engin sur les lieux; France 3                      

Observations : Les secours sont arrivés rapidement sur place, le SDIS 76 malgré des manques d’effectifs a envoyé d’importants moyens dès le début du sinistre et la mutualisation a bien fonctionné. Les autorités semblent avoir rapidement pris la mesure de cet incendie, proche des habitations, afin de limiter l’exposition des riverains aux fumées d’incendies par des incitations au confirment, par des mesures spécifiques sur les produits agricoles et le bétail.

Le même sinistre dans un autre département aurait-il connu la même réponse?

Il est établit que  les fumées d’incendies sont nocives pour la santé (y compris les feux de végétaux même de lin bio),  https://www.cgtdessdis.com/wp-content/uploads/2017/09/CNRACL-Rapport-final-mars-2017.pdf, alors l’incendie d’un établissement Seveso…

Des sapeurs-pompiers et des policiers ont eu des nausées, vomissements, dérangements gastriques, vertiges, irritations, toux avec ou sans arrêt de travail.

Des mesures ont été prises, CHSCT exceptionnel (T+5 jours) , prise de sang sur ordonnance du SSSM pour tous les intervenants, nettoyage des tenues, fiche d’exposition, dans le SDIS 76 mais les mesures curatives ou post-interventions si elles sont plus constructives que la négation du risque souvent opposée, n’équivaut pas à l’absence de risques. La question des mesures de suivi prises par les SDIS ayant envoyé du personnel en renfort se pose encore…

Les sapeurs-pompiers ont fait comme à leur habitude, preuve d’abnégation, incontestablement eux-mêmes et la population ont été exposés à  un risque qui varie en fonction de la durée et du niveau d’exposition, et des prédispositions ou fragilités personnelles.

En cette période de grève nationale des sapeurs-pompiers, il ne faut plus minimiser les risques, mais mettre des mesures de protection en place et accompagner les agents et réparer ce qui peut l’être.

 https://www.cgtdessdis.com/courrier-dgscgc-sur-la-modification-de-larrete-du-6-mai-2000-prise-en-compte-du-risque-cancer/

Tous les jours partout les pompiers sont exposes aux fumées des incendies, de poubelles,  voitures, dindustries, en présence damiante et autres toxiques, mais parfois le risque est invisible et les employeurs (et/ou les autorités) souvent organisent le déni,  cela doit changer !!!!

 

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